La vache & le pangolin #2 ÉPISODE 2

SYNUTRA

C’est loin de tout cela, à Carhaix, au milieu des terres grasses et fertiles de Basse Bretagne, qu’est né ce désir d’enquête. Une histoire locale avait particulièrement attiré notre attention : en 2012 une entreprise chinoise, Synutra désire installer à Cahraix une immense usine de production de lait en poudre. Promettant d’acheter aux producteurs bretons des quantités considérables, Synutra souhaite importer en Chine un lait de vache à destination des nouveaux-nés qui fascine les mères chinoises.

Les moyens et les objectifs de Synutra s’avèrent, sur le papier du moins, gargantuesques. Investissement de 200 Millions d’euros pour la construction de l’usine, création de 270 emplois sur le site, et par dessus tout la signature d’un contrat d’approvisionnement en lait avec Sodiaal, une gigantesque coopérative, régnant sans partage sur les éleveurs bretons et leurs vaches.
L’entreprise ouvre en grande pompe en 2016, au milieu de banquets et de salutations, mais très vite les déconvenues s’accumulent. La poudre de lait ne s’écoule pas. Les coûts de production bretons s’avèrent trop couteux pour le marché chinois. L’usine cesse de produire à rythme régulier et s’endette de plusieurs millions d’euros. Rajoutant à la gabegie ambiante, Sodiaal est accusé de montage financiers captant des bénéfices au détriment des éleveurs, qui coulent avec leur lait dans ce naufrage économique.

Aujourd’hui, avec des investisseurs chinois en fuite, Synutra n’est plus que l’ombre mourante de son projet.

Au delà de l’énième épisode d’une saga aux multiples rebondissements de l’industrie agroalimentaire mondialisée, le cas Synutra nous ouvre à une interrogation inattendue : la Chine se passionne pour le lait de vache occidental. Et ce, nous le découvrons, pour une raison particulière : les produits laitiers, si familiers dans notre culture, sont en Asie une quasi-nouveauté. Et plus étonnant encore, si les Chinois découvrent peu à peu yaourts et autres fromages dans leurs assiettes, il semble qu’il leur soit très difficile de boire du lait à l’âge adulte, sans en souffrir terriblement. Pour nous, issus d’une civilisation devant tout à la vache et à la domestication des ruminants, la surprise est de taille. D’où vient cette curieuse différence ?

Texte David Wahl
Photographie Sébastien Durand